Le projet de ligne électrique aérienne à très haute tension (THT) de 400 000 volts entre Jonquières-Saint-Vincent (Gard) et Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône) suscite de vives inquiétudes, en particulier dans le monde agricole.
Les impacts du projet de ligne aérienne THT sur l’agriculture, pierre angulaire de l’économie et de l’identité de ces territoires, sont multiples et profonds. Ils vont bien au-delà de la simple emprise au sol et touchent à la viabilité même de nombreuses exploitations.
Occupation et fragmentation des terres agricoles
L’impact le plus direct est l’occupation physique des sols par les pylônes et la création d’une emprise (la bande de terrain située sous la ligne). Ce projet traverserait des zones agricoles d’exception, notamment au sein du parc naturel régional de Camargue de la réserve nationale des coussouls de Crau et de la Terre d’argence.
- Perte de surface cultivable : La construction des pylônes et de leurs accès entraîne une artificialisation définitive des sols. Pour les exploitants concernés, c’est une perte de surface productive. 90% des 180 pylônes seront implantés sur des terres agricoles.
- Fragmentation du parcellaire : La ligne, avec ses pylônes, crée une barrière physique qui coupe les exploitations en deux. Cela complexifie le travail, augmente les temps de déplacement et rend difficile l’utilisation de gros engins agricoles.
- Remise en question de la viabilité : Pour certains, l’impact est existentiel. Qui acceptera de travailler sous ces lignes ?
Impacts sur les cultures, la viticulture, le maraîchage et la riziculture

Au-delà de l’occupation du sol, des interrogations persistent sur les effets des champs électromagnétiques sur les cultures.
Le projet impacterait en partie des terres bénéficiant d’une Appellation d’Origine Contrôlée (AOC), comme les Costières de Nîmes, ce qui représente un enjeu économique et d’image considérable.
Les études scientifiques disponibles, souvent anciennes, n’ont pas mis en évidence d’effets directs et systématiques des champs électromagnétiques sur la croissance ou la productivité des plantes. Cependant, les organisations syndicales agricoles françaises rapportent des observations de terrain faisant état d’un impact à long terme, avec des phénomènes d’assèchement dans un rayon de 400 à 500 mètres autour des pylônes. Ces témoignages, bien que non corroborés par des études scientifiques récentes, alimentent les craintes des agriculteurs.
Les riziculteurs craignent également des effets plus insidieux sur leur production. La crainte d’une baisse de rendement par perte de surface exploitable ou d’une altération de la qualité du grain, qui pourrait dévaloriser le « riz de Camargue », une appellation reconnue. La présence de la ligne, là encore, pourrait contraindre les riziculteurs à modifier leurs méthodes de travail (utilisation d’engins, irrigation), avec des coûts supplémentaires.
Conséquences pour l’élevage
L’impact sur l’élevage est un autre motif d’inquiétude majeur, notamment pour les races emblématiques de la région :
- chevaux de race Camargue
- taureaux AOC de Camargue
- moutons Mérinos
Les études disponibles mentionnent des effets indirects des champs électromagnétiques sur les élevages, sans qu’ils soient clairement définis dans le contexte de ce projet spécifique. Le stress animal, les difficultés de reproduction ou les changements de comportement sont des préoccupations récurrentes des éleveurs.
Dégradation du paysage et impact sur le tourisme
L’installation de 180 pylônes de 60 mètres de haut, visibles à des kilomètres à la ronde, défigurerait des paysages emblématiques comme ceux de la Camargue, de la Crau ou des embouchures du Rhône. Cette « armée de pylônes » représenterait une « défiguration » des paysages, en Camargue et Crau, terres planes mais aussi par exemple sur la route paysagère du piemont de la costière, entre Beaucaire et Bellegarde. Cet impact paysager, en plus de sa dimension esthétique et patrimoniale, menacerait directement le tourisme, l’œnotourisme et l’agro-tourisme, secteur économique clé de la région.

Risques pour les ressources en eau
La Provence est une terre historiquement sèche où l’eau est un enjeu central. Le projet soulève des craintes quant à un risque de pollution des nappes phréatiques, dont dépendent directement les activités agricoles et pastorales. Un tel événement aurait des conséquences catastrophiques pour les agriculteurs et les populations.
L’irrigation gravitaire du foin de Crau joue un rôle central dans l’alimentation de la nappe phréatique de la Crau : elle en assure la part principale de recharge, évaluée à environ 70%, tandis que la pluie complète cet apport. Concrètement, l’eau dérivée de la Durance et distribuée par un réseau de canaux s’infiltre en grande partie dans le sous-sol, ce qui fait de ce système agricole un levier hydrologique majeur pour le territoire. 300.000 personnes dépendent de ce système pour leur eau potable.
L’impact des champs électromagnétiques : un débat persistant
La question des champs électromagnétiques générés par la ligne (5 kV/m à l’aplomb d’une ligne 400 kV) reste un sujet de débat. Si la communauté scientifique n’a pas établi de lien de causalité direct et certain avec des effets sur la santé ou l’agriculture, l’incertitude et le principe de précaution nourrissent l’opposition. Les agriculteurs et les riverains craignent des effets à long terme, non encore mesurés ou compris.
Le « Plan de Table » des Labels
1. Le Delta de la Camargue
C’est la zone d’eau douce (grâce au Rhône) et d’eau salée. Les labels y collent directement aux caractéristiques du sol et de l’écosystème.
- 🌾 Riz de Camargue (IGP) : Cultivé dans le delta là où l’eau douce du Rhône est pompée pour dessaler les terres.
- 🐂 Taureau de Camargue (AOP) : Concerne la viande de race Camargue (ou Raço de Biòu). Les animaux pâturent obligatoirement en liberté dans les zones humides de basse Camargue.
- 🧂 Sel / Fleur de sel de Camargue (IGP) : Concentré exclusivement sur la frange maritime sud, principalement dans les salins de Giraud et d’Aigues-Mortes.
- 🍷 Vins des Bouches-du-Rhône (IGP) : Le département, cœur de la Provence, offre une mosaïque de reliefs et d’écosystèmes. Ici, la minéralité des sols se marie à l’omniprésence de l’eau, entre étangs, marais, rivières et Méditerranée.
2. La Plaine de la Crau
Située à l’est d’Arles, cette plaine sèche originelle est devenue une oasis fourragère unique au monde grâce à un réseau d’irrigation historique.
- 🌱 Foin de Crau (AOP) : C’est le seul aliment pour animaux bénéficiant d’une AOP. Il pousse sur les prairies irriguées par l’eau de la Durance, ce qui lui confère une richesse en minéraux unique.
- 🐑 Agneau de Sisteron (IGP / Label Rouge) : Bien que son nom évoque les Alpes de Haute-Provence, sa zone d’élevage intègre la Crau. Les troupeaux pratiquent la transhumance inverse : ils passent l’hiver dans la plaine de la Crau pour pâturer les « coussouls » (la steppe sèche) avant de monter en montagne l’été.
- 🫒 Huile d’olive et olives AOC de la Vallée des Baux : L’huile d’olive de la Vallée des Baux-de-Provence est issue principalement des variétés locales aglandau, salonenque, grossane et verdale des Bouches-du-Rhône.
3. La Terre d’Argence & Les Costières
Située au nord-est du Gard, juste en face d’Arles et de Tarascon, cette zone de transition fait le lien entre la vallée du Rhône et la Camargue.
- 🍷 AOC Costières de Nîmes : Ce terroir viticole s’étend sur des terrasses de galets roulés (similaires à Châteauneuf-du-Pape) juste au-dessus du delta camarguais.
- 🫒 Huile d’olive de Nîmes (AOP) / Olive de Nîmes (AOP) : Très présente en Terre d’Argence, notamment avec la variété locale « Picholine ».

